Rencontre du DJ The Gambler

De sa chambre d’étudiant, à Berlin en septembre dernier, The Gambler compte déjà plus d’une dizaine d’années de productions musicales à son actif. Curieux, créatif, passionné de musique et en constante ébullition, il puise son inspiration dans tous les détails de son quotidien. Le « brouhaha » de la rue, les bruitages d’une clef à molette, le set d’un DJ,… il écoute, décrypte, déchiffre et sample ! Découverte d’un musicien prolifique et débordant d’énergie à l’occasion de la sortie de son album Deep House « Light Side Of The Moon »

Rencontre au Père Populaire, un bar chaleureux et décontracté du 20ème arrondissement à l’image de The Gambler.

Eklektike :  Comment définis-tu ton style, notamment celui de ton nouvel album Light Side On The Moon ?

The Gambler : La réponse n’est pas évidente, je ne rentre pas dans une catégorie particulière. La musique que je crée reflète mes influences. Je produis de la techno mais l’album, « Light Side of The Moon » est beaucoup plus mélodique avec un tempo plus lent. Je me rapproche de la Deep House, Deep Tech House grâce à des sons plus progressifs. Il se veut dansant et accessible et non pas réservé à des initiés. A contrario de Light Side On The Moon, quand le public lit mon nom sur un line-up, il doit s’attendre à écouter de la techno. D’ailleurs, le nom n’est pas choisi au hasard mais par opposition au coté « Dark » coutumier chez les DJs ou à la musique techno. J’ai voulu mettre en exergue mon aspect lumineux, une facette plus accessible et joyeuse. En pratique, les DJs changent souvent d’alias, l’un dédié à la Deep House, l’autre à la Techno, etc. J’ai tenu à conserver The Gambler et assumer mes deux aspects.

Eklektike : Comment crées-tu de la musique  ?

The Gambler : Je me suis constitué une gigantesque base de données musicale au fil des années. On y trouve mes samples, des mélodies, des bruits,… C’est une archéologie de moi-même ! Je suis assez impulsif, il peut m’arriver de poser mon micro à ma fenêtre et d’y revenir plus tard pour écouter, couper, tailler et conserver des passages que j’exploiterai peut-être des jours voire des années plus tard. Sur l’album, j’ai samplé ma voix et au début du The Melting Spring, on entend mon voisin réparant sa moto !  Le track commence par des bruits de clef à molette. Ce sont des expérimentations, mon voisin bricolant sa bécane, ça fonctionne, mais c’est le hasard. J’ai également employé un passage d’un morceau kitsh, old-school, une chanson française, absolument pas techno, un peu à la manière des Daft Punk, qui samplait de vieilles bandes, à vous de découvrir où !

En pratique, je commence par le milieu du son enchaîne directement sur la fin et termine par l’intro. Je préfère commencer par l’apogée. Ensuite, il suffit de soustraire comme en math ! Parfois, je débute en trouvant le titre et je compose en fonction. Je ne cherche pas à respecter les canons des genres, j’apprécie la technique et préfère combiner les effets numériques à ma guise sans rechercher une certaine pureté du son.

Eklektike :  Quelles sont tes inspirations ?

The Gambler : Je m’inspire de tout ce que j’entends, en soirée, au quotidien. Lorsque je compose, je vois des images sur ce que j’écoute. Je démarre souvent à partir d’adjectifs que je vais tenter de représenter par la musique. Je ne suis pas synesthète comme Thom York mais j’ai un peu de synergie sensorielle. Je peux décanter une photo ou une émotion et créer à partir de ceux-ci. L’auditeur ne le percevra peut-être pas mais moi, je le ressens, comme sur mon morceau « Hope ».

Eklektike : Comment se déroulent tes lives ?

The Gambler : Mon set up depuis cinq ans, c’est deux machines et un ordinateur. Je démarre seulement sur platine. Chaque morceau se divise en pistes regroupées en sous pistes sur lesquelles j’incorpore des effets puis je gère leur volume. Ça ne m’intéresse pas de reproduire exactement le même son à chaque live, je préfère mélanger, combiner, tester les effets et les pistes entre elles. Je peux me louper mais grâce à l’expérience je sais me rattraper. J’accorde beaucoup d’attention à la foule et je m’adapte à elle. Sur scène, j’ai deux machines et un ordi, parfois une platine mais je ne mixe pas.

Eklektike :  Quelle partie de soirée préfères-tu pour te produire ?

The Gambler : J’apprécie jouer en fin de nuit. C’est un challenge, tu dois réussir à ramener sur terre les warriors de la soirée. Je ne viens pas pour balancer un gros set techno, émarger et merci au revoir. L’atterrissage est aussi important que le décollage !

Eklektike : Y’a t’il un son que tu ne te lasses pas d’écouter ?

The Gambler : Oui, je ne les écoute pas tous les jours mais il y a par exemple  Sweet Mellow D de Laurent Garnier. Quand j’avais 14 ans j’hallucinais que le kick, n’arrive qu’après 3 minutes. Tu dois patienter, tu n’as pas la satisfaction immédiate. 

Eklektike :  Tu écoutes des Djs récents ?

The Gambler : Extrawelt, Max cooper, James Holden, cette vague appelée rétrospectivement minimal trance. Ils m’influencent, bien qu’on ne les entende plus trop. 

Eklektike : Un endroit où tu aimerais te produire ? Une envie de collaboration ?

The Gambler : Le Rex car c’est le temple. Je ne sais pas si la religion est toujours aussi puissante mais la techno en France est née avec le Rex. Ce club possède l’un des meilleurs sound system de France. Je ne vis pas de la musique, j’ai mon boulot que j’adore mais cela serait une fierté. Pour une collab’, un groupe pont entre le rock et la musique électro comme Radiohead. Ils sont underground dans le son mais populaire. Ou bien une chanteuse et trouver un moyen d’apporter à son univers le coté dancefloor. Les instruments ont leur place aux cotés des machines !

Eklektike : Comment vois tu l’avenir de la musique ?

The Gambler : Laurent Garnier a déclaré dans une interview qu’il espérait que ces enfants n’écouteraient pas de techno. Sous entendu que dans le cas contraire, la musique n’aurait pas évolué. L’électro suit parallèlement l’évolution de la technologie. Il existe des casques analysant les ondes cérébrales et permettant de contrôler des machines. Est-ce que cela va créer de nouvelles possibilités ? c’est une piste… on ne sait pas mais c’est cette inconnue qui est exaltant.

Eklektike : Peux-tu nous en dire plus sur PME ?

The Gambler : PME est une asso avec un dénominateur commun, la techno. Elle existe depuis huit ans et nous sommes quatre présents à tous les coups et une nébuleuses de cinq-six personnes. Tous les membres ne sont pas DJ, certains sont là pour nous aider sur la buvette, l’organisation d’événements, etc.

Originaire d’Avignon, cet entrepreneur de 32 ans joue ses premiers accords de guitare classique dès l’âge de 6 ans. Il découvre la techno ado grâce la radio locale MTI, programmant à l’époque, techno, trance, tribe, etc. Dès lors, il s’amuse à bidouiller les sons, appréhender le sampling, les effets,… La sortie d’Homework de Daft Punk et l’album 30 de Laurent Garnier le conforte dans ses goûts musicaux. Il continue de développer sa culture musicale, passant notamment par le métal au lycée. À la fac, il s’éprend du didgeridoo qu’il pratique rapidement au sein d’un groupe. Il se produit dans de petitesthe-gambler-eklektike salles puis de rencontre en rencontre, découvre les logiciels de créations de sons. C’est le déclic, il abandonne le bois pour se mettre à la techno et s’essaye à de multiples courant, breakeat, trance, french touch,… façonnant sa technique. Passé par Londres lors de ses études puis Paris, la différence est frappante entre ces capitales. Néanmoins, la ville de Big Ben, royaume de la Drum’n’Bass n’arrive pas à la cheville du clubbing Parisien de salles mythiques comme le Rex, le Social Club ou le Batofar. Implanté dans la capitale française, il se produira pour la première fois sur scène grâce à sa rencontre avec Alan Aaron, fondateur du collectif d’Art Urbain E Klozin’. Il rejoindra par la suite Rohan Ranjan, fondateur du collectif Panorama Musique Electronique à qui il reste fidèle depuis cinq ans maintenant.

L’album sort aujourd’hui et est disponible sur Juno Download.

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About Clara S.

Créatrice du site Eklektike.com. Je pousse l’exaltation jusqu’à l’auto-flagelation. Une bonne punchline vaut mieux qu'une longue explication.