L’estimation d’une oeuvre d’art

Vous vous êtes toujours demandé comment un expert ou un commissaire-priseur pouvait estimer une œuvre sans jamais en saisir avec précision les tenants et les aboutissants. La raison est simple, il n’y a pas de règle précise ni de référentiel exact qui serait enregistré dans un livre jalousement gardé secret ! Estimer un bien n’est pas une science exacte. C’est une savante alchimie de multiples facteurs qui permettent d’établir le prix le plus juste pour une œuvre d’art, à un instant « T », en ayant pour objectif la satisfaction du vendeur comme celle du futur acheteur. Explications.

La première chose à garder à l’esprit ; une estimation est un prix purement indicatif qui ne caractérise pas la valeur intrinsèque de l’objet mais le montant minimum attendu par le commissaire-priseur et son vendeur. En d’autres termes, une sérigraphie de Banksy estimée entre 4 000 et 6 000 euros, ne pourra pas partir à un prix inférieur à 4 000 euros car le vendeur de l’objet réaliserait une perte. En revanche, cette même œuvre peut tout à faire être adjugée bien au-dessus de l’estimation de départ.

Voici les quelques points importants pour comprendre :

  • La côte de l’artiste est primordiale dans l’annonce d’une estimation. Mais qu’est-ce qu’une côte ? Grosso modo, c’est la valeur financière globale de la totalité des œuvres d’un même artiste vendues au cours des vingt dernières années. Ceci induit que la valeur d’un objet est liée à son pouvoir de séduction auprès du public. Si une peinture de Monet vaut entre 40 et 80 millions d’euros, ce n’est pas par décret d’un commissaire-priseur, c’est précisément parce que des clients sont prêts à mettre cette somme gigantesque pour en acquérir une ! Le cours de l’artiste peut monter comme chuter drastiquement. Les intervenants du marché de l’art peuvent se servir sur des bases de données en ligne payante pour consulter la cote des artistes, en voici quelques exemples : Arnet, Artprice, Drouot…
  • Plus le bien a circulé sur le marché de l’art moins bonne sera sa côte. En effet, les tableaux, meubles et autres sculptures qui réapparaissent périodiquement sur le circuit perdent en valeur. L’important pour une estimation élevée est la rareté ! En clair, une œuvre restée dans le cocon familial depuis 1850, jamais vendue aux enchères est en quelques sorte inédite. Et l’inédit, parfois, ça paie ! Ce qui nous amène au troisième point.
  • La provenance. C’est la mise à nu des différents possesseurs connus de l’œuvre depuis sa création (dans la mesure du possible) jusqu’à la date de la vente.  On parle de « pedigree ». Si l’oeuvre a appartenu à des personnes célèbres, à une famille prestigieuse (au hasard, les Rothschild) ou descend par succession directe de la famille de l’artiste, la provenance devient un atout majeur dans l’estimation.
  • Ce n’est pas parce que c’est ancien que ça vaut cher. Le grand classique des néophytes du marché de l’art est de s’imaginer qu’un tableau du XVIe siècle vaut nécessairement plus qu’une œuvre Street art exécutée il y a 10 ans. D’aucuns y verront une injustice mais ceci s’explique par le fait qu’une estimation ne se base pas sur la qualité esthétique ou l’apport culturel de l’objet mais principalement sur l’importance de la demande. Aujourd’hui, l’art contemporain et l’art Urbain sont à la mode et particulièrement plébiscités, vous comprenez mieux pourquoi Koons ou Banksy sont titulaires d’adjudications astronomiques !
  • Enfin, l’état de conservation de l’œuvre influe sur l’expertise. Une commode Louis XV complètement déglinguée perd évidemment beaucoup de valeur comparé à une version similaire mais impeccable. En revanche, les experts sont plus cléments sur du mobilier ancien abimé que sur une lithographie de Picasso trouée ou humide. Lors du constat d’état, l’expert prend en compte l’ancienneté de l’objet et sa typologie. Un exemple ? Un verre Vénitien du XVIe siècle dans un état parfait est considéré comme un miracle car il a traversé les siècles sans jamais subir le moindre dégât. Son état de conservation va lui permettre d’augmenter considérablement son estimation.

Vous voici désormais parés pour arpenter les salles des ventes à l’affût de toutes les bonnes affaires. Que la force de l’expertise soit avec vous !

Alexis Ozouf

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