Journal de mon confinement #6

Dimanche 22 Mars

Vous êtes chaque jour plus nombreux à lire le journal, avec un pic à 2180 connexions le jeudi 18 ! En plus du massif lectorat Français, on remercie chaleureusement I., M., C.M. et Q. qui font voyager nos statistiques en Suisse, au Canada et en Australie.

9h03

Clara rechigne à se coiffer. A ce rythme là, bientôt je vis avec Bob Marley.

9h26

Message de C. « J’ai plus aucun contrat vidéo, je cherche à rentabiliser mon matos… Vous pensez que c’est jouable de lancer un service de livraison de pâtes en drone télécommandé ? »

Je passe une partie de la matinée à étudier la faisabilité du projet. On s’occupe comme on peut.

10h32

Rafael fabrique le prototype, pendant que Clara conduit une étude de marché. Je lance un appel d’offre aux géants de l’agroalimentaire. Barilla et Lustucru se disputent le marché.

11h07

Le business case est OK. Tous les voyants sont au vert. Le COMEX, composé de Clara et Rafi et moi-même donne le GO. Je rachète le fichier client de La Poste avec mes dernières économies et démarre une campagne publicitaire. Je contacte l’AMF pour lancer une IPO en urgence (ndlr : toutes mes excuses si tu n’es pas banquier).

12h29

Maintenant qu’on a tout un stock, on mange des pâtes lettres.

13h02

Je prends des nouvelles de T., pharmacien.

« Le confinement a fait baisser la fréquentation, mais tout le monde n’a pas compris le principe de la distanciation sociale… Les clients s’affalent sur le comptoir, la copine du patron squatte l’arrière boutique […] La femme de ménage garde ses enfants, et la direction n’a pas jugé opportun de la remplacer urgemment […] Evidemment on a pas de masques FFP2 (ceux qui protègent les soignants), alors on superpose deux masques chirurgicaux. « 

« Nos confrères se sont réorganisés en « drive-officine ». Les ordonnances sont envoyées par mail, par fax ou par SMS, et les délivrances se font sur le parking. On est les seuls à continuer de fonctionner comme si de rien n’était. Le personnel est à bout. Notre éthique nous empêche d’user du droit de retrait. On essaie de faire comprendre au patron que les mesures d’hygiène et de distanciation ne sont pas suffisantes. Sa réponse : Vous êtes une bande de peureux. On a quand même le sentiment de se faire prendre pour des cons. »

Les héros en blouse blanche sont au front, malgré le danger. Comme il est dit dans le podcast de décryptage de l’actualité d’Olivier Minot, il faudra plus que des « jolis mots » pour les remercier.

15h37

Netflix a mis en ligne une vingtaine de longs métrages du studio Ghibli. Je lance « Le château dans le ciel » d’Hayao Myazaki, et m’endors, mon fils dans les bras, après un quart d’heure de film.

17h15

Générique de fin. Comme mon ninja en herbe n’a toujours pas compris que c’est le week end, je lui donne le résumé du film à écrire. Tout se paie.

18h23

Clara prend des nouvelles de M., qui vit en Alsace.

« Mes voisins me rendent folle, à inviter leur potes à la maison. Ça fait deux semaines que j’ai pas fait de courses, je suis ultra hypocondriaque, je flippe rien qu’à l’idée d’aller au drive »

On lui propose de tester le service de livraison aéroporté de C.

18h28

On reçoit notre première commande, des linguine n°2 !

21h37

Message de C. « Au fait, l’histoire du drone, c’était une blague, je voulais juste voir si mon message se retrouverai dans ton journal demain… »

  • Texte : Bahia L.
  • Relecture : Clara S.
  • Photo : Claire-Marie N.P.

Episode précédent : Journal de mon confinement #5

About Bahia L.

A mes inexistantes heures perdues, je cultive l'ennui et la lenteur, et n'ai de meilleure compagnie que celle du vide et du silence. Le reste du temps, j'aspire à ne rien faire. http://eklektike.com/ https://www.facebook.com/bahia.lachnani